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Comment les odeurs nous reconnectent à la nature

Publié le 6 août 2019 - Temps de lecture : 8 min -
Provenance : The Conversation / 25 juillet 2019

Résumé

Nous devons la plupart de nos expériences quotidiennes à nos 5 sens, sans toujours en avoir conscience. C’est ce mélange de multiples stimuli sensoriels qui définit une expérience.
Le sens olfactif est intimement lié à notre mémoire et à nos émotions. C’est la fameuse madeleine de Proust. Ainsi une expérience s’ancrera durablement en nous si elle passe par les odeurs.
Les odeurs permettent également de prendre conscience d’autres sensations, telles que celles liées au toucher. La perception du corps dans un environnement liée au toucher s’appelle l’haptique. Dans ce cas, l’expérience se fait donc plus incarnée, vécue à travers la sensation du corps dans son intégralité.
Il est impératif de considérer davantage cet aspect olfactif, par exemple dans l’aménagement de parcs et jardins, pour créer de véritables expériences multi-sensorielles et favoriser toute une variété d’expériences et d’usages.

Article

Entre 1981 et 2000, la base de la Royal Air Force de Greenham Common a été occupée par 30 000 militantes pour lutter contre l'installation de missiles nucléaires. Les théoriciennes reconnaissent aussi dans ce mouvement ce qu'elles nommeront le reclaim : un geste de réappropriation et de réinvention de la féminité. (Crédit : Ceridwen)

Comment les odeurs nous reconnectent à la nature

Nous vivons dans une société centrée sur la vision. La technologie, les médias, l’article que vous êtes en train de lire, tous ces éléments sont principalement perçus et analysés par le biais de nos yeux. Or c’est à nos cinq sens que nous devons la plupart de nos expériences quotidiennes, sans d’ailleurs toujours en avoir conscience…

L’expérience de nature en est un parfait exemple. Nos rapports avec l’environnement naturel répondent en effet à un processus complexe impliquant nos organes des pieds à la tête : nous apprécions une promenade en forêt un matin de printemps pour les couleurs vives et la lumière crue qui traverse les feuillages ; pour les chants d’oiseaux, pour le vent frais qui caresse notre peau.

 

Si ce moment nous procure du bien-être, c’est le fait de multiples stimuli sensoriels qui, en se mêlant, définissent ensemble une même expérience. Ainsi l’expérience de nature est par essence une expérience multisensorielle. Mais si nous apprécions une promenade en forêt un matin de printemps, c’est aussi pour les odeurs qu’elle exhale : ici le parfum résineux d’un pin, là celle de l’humus ou des hyacinthes des bois.

 

Ce que l’odorat éveille en nous

L’expérience olfactive a ceci de particulier qu’elle est inévitable : on peut détourner le regard ou fermer les yeux pour éviter une image, on peut se boucher les oreilles pour se protéger d’un son. Mais on peut très difficilement s’extraire d’une odeur. Conscients de l’importance que l’olfaction pourrait avoir en tant que composante de l’expérience de nature, nous avons cherché à comprendre cette expérience olfactive : comment les gens la perçoivent, et ce qu’elle pouvait éveiller en eux.

 

Pour ce faire, nous avons interrogé plus de 600 usagers de plusieurs parcs de la région parisienne (Jardin des Plantes à Paris, parc du Sausset à Aulnay-sous-Bois et parc Georges Valbon à La Courneuve) et leur avons demandé de décrire l’expérience de nature qu’ils ressentaient en se focalisant sur leur olfaction, à l’instant où nous les interrogions. Nous avons ensuite comparé leurs réponses à celles de passants interrogés dans un milieu urbain (dans la rue devant l’hôpital Necker et la Gare de Lyon).

 

Alors que les idées reçues sur l’olfaction – souvent considérée comme l’un des « sens faibles » de l’être humain – pouvaient nous laisser penser que cette expérience serait pauvre ou limitée, les promeneurs vont en fait bien plus loin que ce à quoi nous nous attendions.

 

Odeurs des villes et parfums des parcs

 

Tout d’abord, il y a un véritable contraste entre l’expérience vécue par les passants interrogés en ville et ceux interrogés dans les parcs. Les premiers citent la pollution et la difficulté à respirer. « Je sens les voitures, principalement… Les gaz d’échappement m’empêchent de respirer », témoigne ainsi une femme interrogée devant l’hôpital Necker. Les seconds, en revanche, décrivent l’expérience olfactive de nature comme un « bol d’air et de nature », mettant ainsi en avant le rôle de « poumon vert des villes » souvent attribué aux parcs urbains.

 

« Je ne sens plus les odeurs de la ville, ni de pollution, ici je respire bien », exprime quant à lui un homme, dans une partie forestière du parc du Sausset. La façon dont ils vont décrire leur expérience olfactive dépend en grande partie du type de paysage dans lequel ils sont interrogés, mais aussi de l’usage de cet espace. Ainsi, dans les allées du Jardin des Plantes de Paris, les visiteurs flânant autour des parterres de fleurs décrivent des odeurs de l’environnement autour d’eux. « Je sens une légère odeur de fleurs, et l’odeur minérale des allées », déclare une femme.

 

Leur expérience diffère de celles d’autres visiteurs, qui en plus de l’olfaction insistent sur l’importance des sensations du corps tout entier, de cette perception du corps dans l’environnement liée au toucher, que l’on appelle l’haptique. C’est notamment le cas des promeneurs des parcs du Sausset et Georges Valbon, qui à la différence du Jardin des Plantes, offrent la possibilité de s’asseoir dans l’herbe ou au bord de l’eau. Ici l’expérience se fait donc plus incarnée, vécue à travers la sensation du corps dans son intégralité. « On sent la chaleur du sol, les odeurs chaudes des herbes, et puis l’humidité et la fraîcheur du lac sur la peau en contraste, c’est apaisant », rapporte un homme, au bord du lac de Savigny, dans le parc Georges Valbon.

 

Enfin, dans les endroits tel que le jardin alpin du Jardin des Plantes ou les parcelles forestières des parcs du Sausset et Georges Valbon, où ils vont pouvoir se créer une bulle sensorielle et vivre une immersion plus forte, les répondants parlent d’un véritable bien-être, d’une sensation de se trouver hors de leur quotidien citadin. Une femme évoque ainsi au Jardin des Plantes, sous le pistachier du jardin alpin, « une sensation de plaisir, d’évasion et de bien-être. C’est calme, ça fait du bien, ça rappelle des souvenirs de voyage, on compare et on se remémore des plantes que l’on a déjà croisées. »

 

Là, ils ont la possibilité de s’asseoir dans des endroits plus confinés, à proximité voire au contact des arbres, et de prendre le temps de respirer, de s’imprégner de l’atmosphère du lieu. C’est également dans cette ambiance que les visiteurs ont détaillé le plus de souvenirs et d’émotions liées à leurs expériences olfactives. « Du bien-être, des souvenirs aussi, énormément de souvenirs. Je venais souvent ici avec ma mère et ma famille, donc des souvenirs de famille, heureux », se rappelle une promeneuse dans une partie forestière du parc Georges Valbon.

 

Intégrer des expériences sensorielles au quotidien

 

Notre étude révèle que dans le cadre des expériences de nature, l’expérience olfactive a la particularité de faire intervenir des facteurs supplémentaires aux variables environnementales : autrement dit, lorsque l’on décrit une expérience olfactive de nature, on ne va pas uniquement décrire les odeurs des éléments de nature du lieu dans lequel on se trouve.

 

À cette description vont venir se superposer ou se substituer des éléments plus personnels, et en particulier des sensations, des émotions, et des souvenirs. Le sens olfactif est intimement lié à notre mémoire et à nos émotions. C’est la fameuse madeleine de Proust : on a tous en nous ces scènes de notre passé, l’odeur de la cuisine de nos parents, la tarte aux myrtilles de notre grand-mère, l’odeur des embruns de la plage ou de la pinède du camping où nous passions nos étés. C’est ce qui fait qu’une véritable expérience de nature, de celles qui s’ancrent durablement en nous et nous aident à construire une relation étroite avec notre environnement, doit beaucoup aux odeurs.

 

À une époque où l’on cherche à reconnecter la population, notamment urbaine, à la nature, il est impératif de considérer davantage cet aspect. Cela peut passer par des aménagements qui encouragent, dans les parcs et jardins, une expérience multi-sensorielle. Cette étude montre bien que les pelouses, les massifs horticoles ou même forestiers ne procurent pas les mêmes expériences sensorielles ni les mêmes effets sur les gens qui les parcourent ou s’y reposent.

 

En favorisant par exemple davantage d’espèces et des variétés de plantes odorantes, qui ne fassent pas uniquement office d’ornementation visuelle, ainsi que des endroits propices à l’introspection, au repos et au bien-être à proximité des plantes, nous favoriserions ainsi toute une variété d’expériences et d’usages des espaces de nature urbains. Une manière de créer de véritables « bulles sensorielles ».

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Minh-Xuan Truong1 article

Analyse et questionnements

Pour aller plus loin...

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ET SI on diffusait des odeurs de bien-être dans les bureaux ?
ET SI tout achat était lié à une expérience sensorielle ?
ET SI on achetait à l’odeur ?
ET SI j’étais capable de réactiver volontairement ma mémoire sensorielle ?
ET SI on associait à chaque pratique sportive une odeur ?
ET SI on prenait des shoots d’odeur selon nos besoins ?
ET SI on pouvait éteindre volontairement certains de nos sens ?
ET SI on se fiait à l’odeur pour prendre des décisions ?
ET SI on se fiait à l’odeur pour recruter ?
ET SI chaque rayon sportif chez Decathlon était une bulle sensorielle ?
ET SI chaque produit dégageait une odeur (marketing olfactif) ?

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