Et si vous faisiez confiance aux gens plutôt qu’à Google pour explorer le web ?


Publié le 9 juillet 2019 par Marine Protais - Temps de lecture : 4 min -
Provenance : ADN / 18 avril 2019
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Résumé


95 % de nos navigations n’exploitent que 0,03 % du web.

Needle est un service de navigation contributive (en fait une extension des navigateurs existants) qui permet de naviguer sur le web autrement. En se fiant aux recommandations d’internautes plutôt qu’aux algorithmes des moteurs de recherche et des réseaux sociaux, il propose des contenus plus confidentiels et moins formatés qui ne remontent pas forcément sur les réseaux sociaux ou sur Google. Le projet Needle est pour le moment financé par des fonds publics mais son fondateur réfléchit à un autre modèle économique pour poursuivre le développement de l’outil.

Article


Needle, un outil développé par l’Université de Lorraine, permet de naviguer sur le web autrement. En se fiant aux recommandations d’internautes plutôt qu’aux algorithmes des moteurs de recherche et des réseaux sociaux, il propose des contenus plus confidentiels et moins formatés.

Ouvrir un moteur de recherche, taper quelques mots-clés, cliquer sur l’un des premiers résultats. Cette manière d’explorer le web est devenue notre routine. Une technique pratique, mais limitée. Les pages que vous consultez ne sont pas forcément les plus intéressantes, elles sont juste bien référencées par les algorithmes de Google and co. Needle, un projet de l’Université de Lorraine, propose une nouvelle façon de consulter des contenus. L’outil permet de suivre les recommandations d’internautes plutôt que d’être aiguillé par un algorithme.

Concrètement, Needle est une extension de navigateur (disponible sur Chrome ou Firefox). On peut l’obtenir en demandant une invitation aux équipes du projet, car il s’agit pour le moment d’une version Bêta. Une fois l’extension installée, une petite icône d’aiguille apparaît en haut à droite de l’écran. Quand vous tombez sur une page web qui vous inspire et qui mériterait d’être lue par d’autres, vous l’ajoutez à votre « fil » Needle en cliquant sur l’icône. Vous pouvez alors voir le fil d’autres internautes qui ont aussi ajouté cette page et découvrir les contenus qui les ont inspirés.

Pas un réseau social

On vous voit venir. Consulter une page web parce qu’on vous la recommande, ce n’est pas franchement révolutionnaire. C’est le principe du bouche à oreille sur lesquels Facebookou Twitter se sont construits.

Sauf que Needle ne fonctionne pas comme un réseau social. Julien Falgas, chercheur en sciences de l’information à l’Université de Lorraine à l’origine du projet, le définit plutôt comme un « service de navigation contributive » qui permet « une exploration curieuse du web ». Ici, « vous ne partagez pas un contenu à un cercle de personnes proches de vous intellectuellement ou amicalement, comme c’est le cas sur les réseaux », poursuit Julien Falgas. « Vous pouvez avoir une page en commun avec un autre utilisateur, mais ses centres d’intérêts et ses lectures peuvent s’avérer très différents des vôtres. »

En somme, vous n’êtes pas influencés par une « bulle sociale » fermée qui vous conforterait dans vos opinions.

Des contenus plus confidentiels

Needle permet d’accéder à des contenus qui ne remontent pas forcément sur les réseaux sociaux ou sur Google pour plusieurs raisons. Ça peut être une histoire de titre (le contenu peut être intéressant mais le titre n’est pas accrocheur), de SEO (si le SEO n’est pas optimisé, le contenu est invisible), ou de timing. Autant chercher des aiguilles dans des bottes de foin.

Les porteurs du projet rappellent que sur les grandes plateformes, popularité n’égale pas forcément qualité. Les contenus formatés qui apparaissent dans les résultats de recherche masquent ceux qui sont plus originaux et confidentiels. C’est aussi ce que souligne Dominique Cardon dans son livre Culture Numérique. Il rappelle que que 95 % de nos navigations n’exploitent que 0,03 % du web. « Nous pensons surfer sur l’immensité des données numériques, alors qu’en réalité, nous errons sur un minuscule confetti. Ce sont les algorithmes qui après avoir classé, filtré et hiérarchisé l’information guident et orientent l’internaute vers ce nano-espace informationnel », écrit le sociologue et créateur du Médialab de Sciences Po. 

Un peu laborieux au début

Comme chaque changement d’habitude, Needle est un peu déstabilisant de prime abord. On cherche en vain une barre de recherche, ou des personnes à suivre. Il n’est pas toujours facile de trouver sur des contenus qui se répondent entre eux.

On est vite tenté d’ouvrir un bon vieux moteur de recherche. Pour naviguer via Needle, mieux vaut ne pas être trop pressé, donc.

« Mon but n’est pas faire table rase en supprimant les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, car ils restent utiles, mais de proposer une alternative », argumente Julien Falgas.

Une crise de l’imagination 

Le projet Needle est pour le moment financé par des fonds publics. Mais Julien Falgas et son collaborateur réfléchissent à un autre modèle économique pour poursuivre le développement de l’outil : un système freemium avec certaines fonctionnalités accessibles sur abonnement et une plateforme type Spotify ou Deezer pour la presse.

Imaginer des alternatives aux grandes plate-formes. C’est ce que préconise Tim Berners-Lee, l’inventeur du web. Pour lui, notre imagination est aujourd’hui limitée par ces deux mythes :

  • la publicité est le seul modèle économique possible pour les sociétés en ligne
  • il est impossible de changer la manière dont sont gérées les grandes plate-formes.

En ce sens, Needle est une porte ouverte sur l’avenir. Et il est à parier que d’autres acteurs suivront.

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