JOGL, le premier laboratoire communautaire en ligne


Publié le 7 juillet 2020 par Hélène Coutard - Temps de lecture : 5 min -
Provenance : So good / 27 mars 2020
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Résumé


Thomas Landrain a créé en mars 2020 la plateforme Just One Giant Lab (JOGL) : un laboratoire communautaire mondial, en ligne et en open-source, qui permet à tous les bacs S de la planète de s’unir et réfléchir ensemble à comment détecter, prévenir et traiter le coronavirus. Ils sont déjà 2 500 dans 100 pays différents. Premier “bio-hacker” du pays, et lassé par la rigidité des protocoles des laboratoires institutionnels, Thomas revendique “la réappropriation de la biologie”. “En réalité, on peut faire plein de choses sans laboratoire de très haut niveau”.

Article


Thomas Landrain a créé Just One Giant Lab qui comme son nom l’indique est un laboratoire géant, en ligne et en open-source, qui permet à tous les bac S de la planète de s’unir contre le coronavirus. Surprise : ils sont déjà 2 500 dans 100 pays différents.

Kat a toujours été habituée à jongler avec plusieurs activités extrascolaires mais devoir gérer le décalage horaire est une première. “La semaine dernière, on n’avait pas cours au lycée mais cette semaine les profs ont commencé à donner des cours en ligne et des devoirs à la maison. Il faut que je m’arrange pour bosser avant ou après mes devoirs”, raconte la jeune américaine de 18 ans. C’est donc souvent la nuit pour elle, à Bellevue à côté de Seattle, lorsqu’elle se connecte pour les “community calls” de la plateforme JOGL (Just One Giant Lab). Là, ils sont des dizaines, des centaines, à réfléchir ensemble. A quoi ? A comment détecter, prévenir et traiter le coronavirus. Thomas Landrain, 36 ans, ne dort pas beaucoup non plus en ce moment. C’est lui qui a fondé JOGL, cette plateforme à laquelle Kat sacrifie son sommeil pour la bonne cause. Premier “bio-hacker” du pays, et lassé par la rigidité des protocoles des laboratoires institutionnels, Thomas revendique “la réappropriation de la biologie”. “En réalité, on peut faire plein de choses sans laboratoire de très haut niveau”, assure-t-il. Pour le prouver, il fonde en 2012 La Paillasse, le premier laboratoire communautaire de France. “On était à Vitry sur seine dans un squat, avec des équipements récupérés dans des labos ou des bennes à ordures. Ce n’était pas un labo blanc et hermétique on l’imagine, mais on a su être crédibles et ça m’a définitivement sorti du monde académique”. A La Paillasse, des chercheurs, des étudiants, des designers se croisent et créent ensemble entre deux bouteilles de Club-maté. Naissent alors : la startup PILI qui fabrique de l’encre biodégradable, des idées de test génétique low-cost, ou un outil de visualisation de l’ADN. Ce “MIT de l’open source” est même remarqué par la NASA qui lui confie un projet de bioréacteur.

En 2017, Thomas passe la main pour se concentrer sur son nouveau projet. Le concept est simple : un labo en ligne qui permet à des contributeurs de se réunir pour collaborer ensemble sur des projets d’intérêt général. “L’enjeu, c’est de dire que la science peut être créée par n’importe qui, mais bien sûr pas n’importe comment. Il faut que les résultats soient validés par l’ensemble de la communauté scientifique, comme dans n’importe quel labo”. Lorsque l’épidémie de coronavirus se déclare en Chine, Thomas est attentif. “J’ai commencé à consulter des scientifiques autour de moi et fin février, j’ai réalisé que personne ne se saisissait du sujet en dehors du monde académique. Je sentais que les institutions ne seraient pas suffisantes, car il faut aller le plus vite possible, et mobiliser tout le monde”.

Alors, le 1er mars, il crée sur JOGL le groupe de recherche “OpenCOVID19 Initiative”. Le premier “community call” a lieu trois jours plus tard. Ils sont une douzaine devant leurs webcams, de tous les âges, à échanger. “Le premier enjeu était de designer un test de diagnostique réalisé à très bas coût pour massivement augmenter notre capacité de test”. En moins de deux semaines, plus de 2 000 personnes de 100 pays différents s’inscrivent. Aujourd’hui ils sont plus de 2 500 ; des chercheurs qui même confinés veulent continuer de travailler, des entrepreneurs, des étudiants, des designers et des simples citoyens qui ont envie d’aider. Plusieurs protocoles pour la fabrication de ce test DIY ont été proposés et sont actuellement testés dans des laboratoires : “on va les comparer et les faire converger pour créer un ou deux tests facilement reproductibles”. A partir des rencontres faites sur JOGL, d’autres initiatives voient le jour. Sarah, quadra aux longues dreadlocks, dont la mère est atteinte du virus à Chicago, vient d’ouvrir un laboratoire communautaire. “Grâce à JOGL, elle a trouvé une chercheuse qui bénéficie d’un peu de fonds et elles ont crée une équipe pour développer un test”, raconte Thomas. A New-York, une autre équipe a décidé de se focaliser sur le “test environnemental”, pour détecter la présence du virus sur les surfaces autour de nous. “Ils mettent en place un kit avec un coton tige stérile et on le frotte à une surface pour ensuite extraire l’ADN en labo et savoir si la surface est contaminée”. En France, Catherine, qui gère en temps normal un “lab nomade pour enfants”, est chargée de mobiliser le réseau français pour travailler sur des objets imprimables en 3D, qui pourraient venir en aide aux hôpitaux. “Beaucoup d’entreprises nous contactent pour nous proposer leurs ressources et des plans de fabrication sont déjà validés par la communauté”, pose Thomas.

Prochaine étape : le groupe OpenCOVID19 compte désormais s’attaquer au traitement des symptômes et à la prévention de la maladie. Aujourd’hui, Kat est devenue l’une des quatre organisatrices ; “mon rôle c’est de développer la communauté et essayer de connecter des gens selon les besoins de certains et les compétences des autres afin qu’ils se regroupent autour d’une tâche”. Que Kat soit en terminale alors que les trois autres organisateurs soient, en plus de Thomas, deux américains directeurs de labo au MIT et à SoundBio Lab, ne choque personne. “Il n’y a aucun jugement sur les diplômes”, confirme Thomas “les gens se saisissent d’une responsabilité et s’ils le font bien c’est super.

Aujourd’hui, Kat porte une grosse partie du programme sur ses épaules”. Avant de retourner à ses devoirs, la jeune fille ajoute : “j’espère aussi que ce groupe va devenir un exemple de ce que l’on peut faire à une échelle internationale en open-science et que ça inspirera certains à développer d’autres groupes”. Le troisième “community call” a eu lieu le 18 mars, ils étaient plus de 80 devant leurs ordinateurs. Les responsables de programme ont résumé leurs avancées et exprimé leurs besoins. Les nouveaux venus ont détaillé leurs compétences. Chaque jour depuis que le confinement a commencé, partout dans le monde, ils sont entre 7 et 10 000 à se lever le matin, enfiler un pantalon et à se connecter à JOGL.

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