Marre de prendre l’avion ? Voyagez en avatar !


Publié le 4 février 2020 par Cyril Fievet - Temps de lecture : 6 min -
Provenance : Usbek & Rica / 29 janvier 2020
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Résumé


Nous sommes en train de passer d’une société 4.0 basée sur les réseaux et internet à une société 5.0 basée sur la réalité virtuelle et qui résoud les problèmes sociaux par la technologie.

Ana, compagnie aérienne japonaise, développe une plateforme disruptive pour offrir une nouvelle manière de voyager : voyager à distance à travers un avatar. Cet avatar est en quelque sorte un nouveau moi qui peut faire des choses à ma place.

Ce type de technologie va permettre de rendre les interactions plus profondes et de vivre de nouvelles expériences.

Article


La compagnie aérienne ANA s’apprête à ouvrir un service inédit : la possibilité de visiter le Japon par avatar interposé, via un robot mobile piloté à distance par un « voyageur » qui ne se déplace pas. À terme, la volonté affichée est de dessiner un nouveau modèle de société hautement robotisée. Alors y a-t-il un pilote dans le cockpit virtuel ?

« Les avatars ont le potentiel de connecter les gens partout dans le monde d’une façon que ne permettent pas les voyages traditionnels », expliquait ANA, la principale compagnie aérienne japonaise, en présentant en octobre 2019 son projet de plate-forme de tourisme à base d’avatars. Et l’entreprise de détailler : « Notre vision d’une planète mieux connectée s’appuie sur les dernières innovations en matière de robotique, de réalité augmentée, de réalité virtuelle et d’intelligence artificielle pour transformer la manière dont les humains interagissent ».

Concrètement, le service Avatar-In repose sur l’utilisation de robots surnommés newme (« nouveau moi »), sans bras ni jambes, mais évoluant sur roues et équipés d’écrans et de dispositifs de visioconférence. L’utilisateur ne quitte pas son domicile et pilote son robot – enfin plutôt son autre lui/elle – tout en s’immergeant à distance dans son environnement et en interagissant avec les personnes qui s’y trouvent.

Cours de yoga en téléprésence

La plate-forme sera officiellement en service en avril 2020 dans le quartier Nihonbashi, à Tokyo, mais des expériences ont déjà été menées avec la création fin 2019, durant quelques semaines, de pop-up stores spécialement adaptés aux robots. L’idée est de permettre de faire ses emplettes par le truchement du robot, les marchandises étant livrées à l’adresse indiquée lors de l’enregistrement sur le service.

Robots Avatar-In. Images © All Nippon Airways
Robots Avatar-In. (Images © ANA Holdings )

Si le shopping à distance par avatar interposé – du télé-télé-shopping en quelque sorte – est l’une des applications prévues, le projet étant d’ailleurs monté en partenariat avec la chaîne de grands magasins japonaise Isetan, l’ambition d’ANA va bien au-delà et s’étend à la culture, aux loisirs et même aux activités sportives. La compagnie japonaise indique par exemple que Flowers by Naked, une exposition florale assortie de performances musicales qui démarre en ce mois de janvier 2020 à Tokyo, accueillera volontiers les robots-voyageurs, tout en précisant qu’une fois qu’il sera pleinement opérationnel, le service Avatar-in pourra être utilisé pour assister virtuellement à des réunions de travail, des soirées privées ou même… des cours de yoga.

« Société 5.0 »

L’idée de téléguider depuis chez soi un robot d’apparence basique qui déambule dans les rues de Tokyo peut paraître un peu vaine, voire naïve, mais pour ANA il s’agit d’une première étape dans le développement d’un nouveau modèle de société, bien différent du nôtre : « Les avatars vont ouvrir de nouvelles possibilités et contribuer à tout refaçonner, du commerce à l’éducation en passant par les soins de santé et le divertissement », décrit l’entreprise, qui entend activement participer à l’émergence d’une « société 5.0 ».

Si vous en êtes encore à cerner les contours du Web 3.0, l’évocation d’une « société 5.0 » peut vous sembler quelque peu cryptique. Cette notion constitue pourtant une orientation majeure dans le plan de route que s’est fixé le gouvernement japonais, qui en donne la définition suivante : « Une société centrée sur l’humain, qui équilibre progrès économique et résolution des problèmes sociaux par un système intégrant fortement le cyberspace et l’espace physique ». Dit autrement, la version 5.0 de la société s’inscrit dans la continuité des quatre précédentes, à savoir une société fondée sur la chasse, sur l’agriculture, sur l’industrie et sur l’information. Cette fois, il s’agit de donner la part belle à des infrastructures et des services aux personnes s’appuyant fortement sur l’automatisation et la téléprésence. Dit encore autrement, quand la « société 4.0 » était celle d’Internet, des réseaux sociaux et des smartphones, la « société 5.0 » sera celle des robots de service, des avatars et de la réalité virtuelle.

Le concept a notamment été à l’honneur fin 2019 lors de l’événement CEATEC, sorte de showroom organisé au Japon et proposant une vision futuriste de la ville en 2030. On a pu y voir des mains robotiques préparer un repas dans une cuisine, des gens pêchant à distance dans un bassin par l’intermédiaire d’un robot, des exosquelettes facilitant le déplacement des personnes âgées, ou encore des experts assurant des formations à distance par avatars interposés. Pour ANA, la Société 5.0 offrira des interactions « fluides et intuitives » entre technologies et humains, sans pour autant déshumaniser la société. « Au lieu de remplacer la connexion humaine, les avatars vont la rendre plus profonde, et créer une nouvelle gamme d’expériences qui n’ont jamais été possibles auparavant », assure l’entreprise.

L’avatar, une réponse écologique ?

Évidemment, de ce côté-ci de la planète, le modèle d’une société ultra-robotisée et peuplée d’avatars fait sourire ou inquiète, c’est selon. L’idée d’une téléprésence élargie à l’ensemble de la société a d’ailleurs été explorée par la science-fiction, conduisant le plus souvent à des scénarios dystopiques. On se souvient, par exemple, du film Surrogates (mal traduit en Français par Clones), sorti en 2009, qui dépeignait un monde affligeant où l’on ne sort plus de chez soi et où toutes les interactions humaines dans la vraie vie s’effectuent via des robots humanoïdes, copies conformes de leurs propriétaires réels.

Aujourd’hui, on est évidemment très loin d’un tel scénario, mais le modèle japonais pousse tout de même à considérer une profonde intégration des machines intelligentes dans l’environnement humain. ANA est d’ailleurs le principal sponsor d’une compétition internationale organisée aux États-Unis entièrement dédiée aux possibilités nouvelles de l’interaction à distance, le Avatar XPRIZE. Initiée en 2018 et dotée d’une récompense globale de 10 millions de dollars, la compétition est ouverte aux équipes universitaires et privées capables d’imaginer des services utiles et innovants à base d’avatars robotisés. Le grand prix sera attribué en 2022 mais, début janvier, la liste des 77 équipes participantes ayant franchi le premier tour a été révélée. Les équipes concernées émanent de 19 pays différents et témoignent d’une forte diversité d’applications possibles : combinaison intégrale façon Ready Player One pour ressentir physiquement les interactions en réalité virtuelle, robot humanoïde de maintenance technique télé-opérable, bras robotisé permettant d’assurer à distance des actes médicaux pas trop complexes, robots de toutes formes télé-opérés pour l’exploitation minière de l’espace, ou encore robot humanoïde pilotable par la pensée.

Robots Avatar-In. (Images © All Nippon Airways)
© ANA Holdings

Si de nombreux robots de téléprésence ont déjà été conçus et commercialisés par le passé, le service de voyages virtuels proposé par ANA est sans doute la première expérience commerciale à grande échelle en matière de téléprésence robotique. L’idée pourrait séduire dans un contexte de lutte contre les effets du changement climatique. Même si le transport aérien, dans sa globalité, ne représente « que » 2 % des émissions de CO2 d’origine humaine, l’avion est souvent montré du doigt par les écologistes et la possibilité de « voyager » loin sans monter dedans paraît intéressante. L’expérience demeure limitée, et sans doute frustrante pour les « vrais » voyageurs, mais enfin elle a le mérite de mettre en pratique des alternatives inédites et objectivement innovantes.

Le fait que ce dispositif ambitieux ait été imaginé par une compagnie aérienne, et non par un poids lourd du numérique ou une entreprise de l’industrie du divertissement, est aussi le signal – fort ou faible, l’avenir le dira – d’une volonté de mieux adapter les déplacements humains, voire le tourisme, aux contraintes environnementales et climatiques. Le tout en tirant parti de technologies avancées devenues matures.

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ET SI je pouvais vivre plusieurs vies en parallèle à travers plusieurs avatars ?
ET SI on pouvait programmer la vie de ses rêves ?
ET SI ça ne pouvait fonctionner qu'au Japon ?
ET SI c'était une première étape vers l'immortalité ?
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