Avec une vue dégagée sur les champs de gombos, de citronnelle ou encore de salades, le bureau de Seynabou Dieng Traoré est l’endroit idéal pour gérer une entreprise agroalimentaire pas comme les autres. C’est donc depuis Missabougou, situé en périphérie de Bamako, que la fondatrice sénégalo-malienne de 32 ans et maman d’un petit garçon de 4 ans a pris le temps d’expliquer les objectifs aussi multiples que responsables de la société Maya

Marie Claire : Vous êtes partie de plusieurs constats pour lancer Maya, il y a 3 ans. Quel a été le déclic pour imaginer des produits d’épicerie pratiques, responsables et solidaires ?

Seynabou Dieng Traoré : Au Mali, la femme se doit d’être la reine de la sauce ! Pour préparer un seul repas, elle peut passer de 2 à 3 heures en cuisine. J’ai donc souhaité lui faire gagner du temps en développant une gamme d’aides culinaires prêtes à l’emploi et à base d’ingrédients naturels qui valorisent la richesse et la diversité´ des produits locaux.
De plus, nous sommes dans un pays où la conservation des denrées fraîches n’est pas culturelle ; on achète uniquement ce que l’on va consommer immédiatement. Par conséquent, les maraîchers et les agriculteurs subissent de grosses pertes post-récolte  (plus de 30%, en moyenne) en jetant une importante proportion de leurs cueillettes. Pour éviter ce gaspillage, Maya acquiert une part de ces fruits, légumes et épices invendus que nous transformons ensuite en marinades, vinaigrettes… Et même en pâte à crêpe, un clin d’œil à mes années d’études passées en France !

Maya
Sauces et aides culinaires à partir de produits issus de l’agriculture locale.

Maya, c’est aussi une façon de faire la connexion entre les zones urbaines et rurales ?
Effectivement. Si nos produits s’adressent essentiellement à la femme citadine de la classe moyenne malienne, ils rendent hommage au travail des maraîchères de différentes régions agraires avec lesquelles nous avons noué un partenariat.
D’ailleurs, j’ai choisi de nommer ainsi ma société en l’honneur de Maya, ma cuisinière originaire de Macina, une importante zone agricole, qui m’a transmis son savoir-faire. Et par le plus joli des hasards, son prénom signifie « Humanité » en bambara…

Pour continuer à vous développer, vous avez fait appel au financement solidaire. Quel impact cette aide a-t-elle eu sur votre entreprise ?
C’est mon partenaire technique qui m’a parlé des financements solidaires. Ma demande auprès du FADEV* (société d’investissement à impact social qui vise à soutenir les entrepreneurs en Afrique) a été acceptée et nous avons pu alors passer à une autre échelle.
Cette aide a d’abord eu un impact humain. Nous avons créé de l’emploi ; Maya compte désormais 21 salariés dont 15 femmes et la moyenne d’âge est de 23 ans. Un bon score quand on sait que le taux de chômage est de plus de 20% chez les jeunes. Cela nous a également permis de leur proposer un salaire qui représente 1,5 fois le montant du Smic local. Surtout, notre équipe bénéficie désormais d’avantages sociaux comme le congé maternité et l’assurance maladie.
Nous avons pu investir dans de nouvelles machines plus performantes et commander des emballages éco-responsables.

Quels sont vos prochains objectifs ?
Recruter davantage de salariés, continuer à investir dans des conditionnements respectueux de l’environnement et miser sur l’exportation, notamment au Sénégal et en Côte d’Ivoire, afin de valoriser les produits locaux dont on garantit la traçabilité.

* Le financement du FADEV est possible grâce à des épargnants solidaires, c’est-à-dire des personnes individuelles, en France qui choisissent d’acheter des parts sociales au FADEV