Succès français : 1083, un jean et 1 001 idées


Publié le 4 novembre 2020 par Judikael Hirel - Temps de lecture : 6 min -
Provenance : Le Point
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Résumé


Lancée en 2013, via un financement participatif, la marque 1083 vendait, en 2019, 40 000 jeans tout en créant 150 emplois dans sa filière. Un succès prouvant qu’il est bien possible de vendre à des prix abordables des vêtements entièrement fabriqués en France. Quitte à cultiver le made in France, pourquoi s’arrêter au jean ? 1083 se lance aussi dans la production de chaussures.

 

Article


Depuis 2013, Thomas Huriez produit de nouveau des jeans dans l’Hexagone. Installé à Romans (Drôme), il fourmille de nouveaux projets.

Cela faisait bien longtemps que les denims et le bleu de Gênes (devenu blue-jean) ne venaient plus de Nîmes. Ni même de France, à vrai dire. Jusqu’à ce que Thomas Huriez ait l’idée, en 2013, de produire de nouveau des jeans en France. Aujourd’hui, sa société fabrique des denims made in France à 97 %. « Une fois relocalisée la production des rivets et des boutons, qui viennent encore d’Italie, nous serons à 100 % », annonce d’un air amusé ce grand jeune homme qui a décidé, en 2007, de changer de vie et de voie. « Pour autant, je ne me suis jamais dit : « Je veux recréer une industrie textile ! » Tout s’est fait de manière itérative. J’étais informaticien depuis 2002. Et, vu que l’on consacre un temps énorme au travail, je ne pouvais pas concevoir de passer ma vie à faire des choses qui n’avaient pas de sens pour moi ! »

C’est ainsi qu’à 26 ans Thomas Huriez transforme la maison de famille à Romans (Drôme) en magasin. « Cela m’a donné l’occasion de créer une boutique de mode, mais éthique, baptisée Modetic. J’en avais assez de l’image du bonnet péruvien. Ce n’est pas parce qu’un vêtement est bio et français qu’il doit être moche ! J’étais nourri, logé, blanchi chez ma grand-mère. Je n’ai pas payé de loyer pendant trois ans, ce fut une grande chance. » Jusqu’à ce que ses fournisseurs mettent la clé sous la porte. « Du coup, je me suis décidé à créer ma propre marque pour ne plus dépendre de quelqu’un d’autre. »

Son premier objectif, en lançant son entreprise via la plateforme de financement participatif Ulule : fonder une marque de proximité et parvenir à vendre une centaine de jeans. Il lève ainsi 100 000 euros pour financer les premiers pas de 1083, ainsi nommée parce que c’est la distance entre Menton et Porspoder, les deux villes les plus éloignées de France métropolitaine. « A ce moment-là, le made in France était tout sauf à la mode. Deux mois plus tard, nous en avions vendu 1 000 ; j’étais le premier surpris ! » Mais pourquoi le jean ? « C’est un symbole de pollution – du fait d’une production gourmande en eau et du recours à la teinture – et de mondialisation. C’était un beau défi de le relocaliser, avec la volonté de défendre les gens et l’environnement ». 

Circuit court. Pour autant, un millier de jeans ne suffisent pas à rebâtir une filière. Afin de grandir vite et bien, 1083 fait le choix de la proximité et du travail en réseau. « Nous savons tout faire, mais nous partageons aussi le travail, explique Thomas Huriez. Nous voulons créer une filière en réseau, pas tout centraliser. » Quant à la vente en circuit court, principalement via Internet, cela a un gros avantage à ses yeux : les économies : « Ce n’est pas que pour les maraîchers ! Sur un jean vendu une centaine d’euros, en passant par des intermédiaires, il ne vous en reste environ qu’un tiers. »

La différence de marge récupérée en se passant d’intermédiaire permet de rapatrier la production sans vendre plus cher que les produits des marques fabriqués au bout du monde. « L’enjeu de la fabrication en France, c’est la distribution. Soit vous faites le choix de vous positionner sur une niche de luxe made in France, soit vous faites du volume et vous générez des emplois. Ainsi, quand vous achetez un jean 1083, vous payez la TVA, mais aussi la production, l’atelier de confection, la filature, la teinture, toute une filière relocalisée. Nous ne sommes que la conséquence des achats de nos clients. Par leurs achats ils contribuent à créer des emplois locaux. » D’ailleurs, depuis 2013, la jeune marque bénéficie de la certification Origine France garantie, qui atteste qu’au moins 50 % du prix de revient unitaire du produit est français.

  • Savoir-faire. Les jeans 1083 sont entièrement fabriqués et assemblés en France, hormis, pour l’instant, boutons et rivets, qui viennent d’Italie.
  • Savoir-faire. Les jeans 1083 sont entièrement fabriqués et assemblés en France, hormis, pour l’instant, boutons et rivets, qui viennent d’Italie.
  • Savoir-faire. Les jeans 1083 sont entièrement fabriqués et assemblés en France, hormis, pour l’instant, boutons et rivets, qui viennent d’Italie.
  • Savoir-faire. Les jeans 1083 sont entièrement fabriqués et assemblés en France, hormis, pour l’instant, boutons et rivets, qui viennent d’Italie.

Ecole du jean. En cinq ans, la marque a déjà créé 50 emplois directs et 55 indirects. Et, comme 1083 peine à recruter des couturières, en septembre 2017 elle a aussi ouvert, en association avec l’antenne locale de Pôle emploi, sa propre Ecole du jean. « Mais c’est presque par dépit, confie le créateur. Dans la Drôme, on a du mal à recruter des couturières. Si nous avions pu embaucher, nous l’aurions fait ! » S’y ajoute la reprise récente des filatures de Valrupt, sauvées de la fermeture et reprises à la barre du tribunal. Une façon de sauvegarder un savoir-faire essentiel à la production de 1083 et de ne pas dépendre, encore une fois, de ses fournisseurs. Mais ce rachat a supposé d’ouvrir enfin le capital de l’entreprise à des investisseurs. Thomas Huriez n’était pourtant pas emballé à l’idée de partager sa société avec des partenaires financiers. « Plus on travaille, plus on donne de valeur aux parts du partenaire et moins on a de liberté. Et, quand il quitte le tour de table, c’est lui qui vous dit avec qui travailler demain. C’est un peu comme si votre femme vous quittait en vous disant : « Ne t’inquiète pas, voici la nouvelle ! » » Toutefois, grâce à l’argent frais, l’équipe et l’activité se développent, à tel point que 1083 déménagera en 2020 dans les anciens locaux du chausseur Charles Jourdan.

Maroquinerie et horlogerie. Jamais à court d’idées, Thomas Huriez se diversifie sans cesse. Après plusieurs mois de recherches avec des industriels (Filatures du parc, Manufacture Regain) et les sapeurs-pompiers, 1083 a mis au point un bonnet et une écharpe composés à 65 % de pulls recyclés de pompiers et confectionnés dans le Tarn. Seule limite : la couleur est exclusivement bleue, du bleu des pompiers, ce qui diminue de 70 % le besoin en teinture. L’entrepreneur a aussi lancé la location de jeans pour les tout-petits et la vente de jeans réparables. « Les bébés grandissent trop vite pour user les jeans. Pour les plus grands, nous proposons des jeans réparables », déclare Thomas Huriez. Prochain pari de l’entreprise iséroise : produire le dernier chaînon manquant, du coton made in France (il est aujourd’hui acheté à l’étranger). Comment ? Tout simplement en recyclant les jeans usagés pour en produire de nouveaux. « Mais il faut littéralement fabriquer une filière pour permettre de recycler le coton. Hormis une culture de coton expérimentale dans le Gers, le plus simple est quand même de l’extraire des vêtements que l’on porte. Cet hiver, nous sommes en train de finaliser l’idée de jeans consignés et de jeans 100 % recyclés. »

Quitte à cultiver le made in France, pourquoi s’arrêter au jean ? 1083 se lance aussi dans la production de chaussures. « Pour le jean, on ne fait au fond que transformer une matière première, le coton. La chaussure, c’est différent. Nous sommes à Romans, qui en était la capitale. Nous espérons créer notre propre atelier cette année. Nous allons refaire de Romans la cité de la chaussure ! » Après tout, pourquoi pas puisque, entre deux jeans, l’entrepreneur, qui fonce à 1083 kilomètres/heure, vient aussi de contribuer à créer Routine, une marque de montres à la fabrication 100 % française et, comme 1083, lancées via le financement participatif en ligne. Relancer l’horlogerie française, voilà un nouveau défi complexe à relever.

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